Catherine Maunoury, voltigeuse, pilote le musée de l'air et de l'espace

Futura Sciences, Juin 2011

Depuis moins d'un an aux commandes du Musée de l'air et de l'espace, Catherine Maunoury, ex-chef de cabine à Air France et championne de voltige multirécidiviste, le pousse vers davantage d'animations, d'émotions et de mouvements. Elle nous en dit plus, à l'heure où va s'ouvrir le 49e Salon aéronautique de l'air et de l'espace.

Revivez l'Histoire du Bourget à travers notre dossier

Elle fut – dix fois – championne de France de voltige aérienne et – deux fois – championne du monde et vole encore régulièrement en meeting sur son puissant Extra 300 LP. On ne la voit pas bien dans un bureau mais pourtant, en août 2010, elle a atterri sur l’aéroport du Bourget pour prendre la direction du Musée de l’air et de l’espace. Catherine Maunoury prend ainsi la succession du bouillonnant Gérard Feldzer, ancien pilote de ligne et grand vulgarisateur de l’aéronautique, qui a fait évoluer ce musée d’État, dépendant du ministère de la Défense.
 
Depuis les années 1990, devenu établissement public à caractère administratif, il a acquis une certaine indépendance et s’est depuis largement modernisé. Et il y a de quoi contenter le public… C’est le plus grand musée aéronautique de France et ses collections, enrichies depuis les origines de l’établissement – juste après la première guerre mondiale –, sont à peu près uniques au monde.
 
Visiter le musée du Bourget, c’est parcourir l’Histoire de l’aéronautique depuis ses débuts. On peut par exemple saluer Otto Lilienthal, qui est là, accroché sous un planeur ressemblant furieusement à un deltaplane mais qui a volé dans les années 1890… plus de deux mille fois ! On peut ensuite se promener au milieu d’avions et d’hélicoptères qui ont marqué le XXe siècle et finir par la conquête de l’espace.
 
Le potentiel est énorme, comme nous l’explique Catherine Maunoury, qui entend bien continuer à faire évoluer ce musée, avec des nouveaux bâtiments, encore plus d’animations, des collections à développer et un site Web à enrichir. La voltigeuse a des idées…

Futura-Sciences : Le musée du Bourget va-t-il changer ?

Catherine Maunoury : Oui, nous sommes en train d’entreprendre une rénovation complète ! Il faut mettre en avant les atouts de cet endroit, qui est sans équivalent. L’aérogare est historique et d’ailleurs classée au titre de monument historique. L’aéroport où s’est posé Lindberg est connu partout dans le monde. C’est donc un endroit chargé d’Histoire mais, en plus, il est toujours vivant ! Nous avons des bâtiments historiques, que nous devons conserver et même valoriser, et d’autres, vétustes, qu’il faudra raser. Il nous faut un bâtiment futuriste, par exemple.

Pour un musée du futur ?

Catherine Maunoury : En fait, il faut se centrer sur trois axes : le passé, le présent et l’avenir. Le passé, nous l’avons et il faut encore le développer. Les collections rassemblées sont uniques au monde, en particulier pour les débuts de l’aviation. Nous avons là un trésor ! Il faut les développer avec l’idée qu’une collection n’est pas une accumulation d’objets. Nous représentons aussi l’avenir… Nous devons parler de l’exploration de Mars, du développement durable ou des drones.
 
Il faut aussi promouvoir des valeurs qui sont celles de l’Histoire de l’aéronautique : le courage, la volonté… Je veux aussi mettre en avant l’aviation française et, aujourd’hui, sa dimension européenne. La France est un grand pays de l’aéronautique…

(insérer la photo du Spad VII)

Une des plus grandes raretés du musée : le Spad VII (numéro S 254) qui fut celui de Georges Guynemer dans l'escadrille des Cigognes durant la première guerre mondiale et baptisé Le Vieux Charles. © Musée de l'air et de l'espace

Y a-t-il un grand intérêt du public pour un musée de l’aéronautique ?

Catherine Maunoury : Mais oui ! La fréquentation a été de 260.000 personnes en 2010. C’est beaucoup. Nous voyons bien une forte demande pour les animations, comme « l’espace pilote », qui est destiné aux enfants. Un domaine semblable pour les adultes est prévu. Et nous avons aussi notre Mondial de la simulation, sur trois journées. Cette année, il aura lieu du 30 septembre au 2 octobre prochains.

Que représente à vos yeux ce que l’on appelle l’aviation verte ?

Catherine Maunoury : C’est un phénomène profond, qui provient de la prise de conscience de la fragilité de notre planète. Cette approche nouvelle nous oblige à réfléchir. C’est tout l’intérêt de l’expérience de Solar Impulse et de son avion solaire, qui sera présenté au salon. Aujourd’hui, nous n’avons pas encore toutes les solutions pour l’avenir et des projets comme celui-là nous permettent d’y réfléchir. L’électricité est une voie. Au salon, nous aurons le Cri-Cri électrique de Hugues Duval.

Existe-t-il une collaboration entre musées aéronautiques, français ou étrangers ?

Catherine Maunoury : Nous l’avons initiée avec une réunion baptisée Carrefour de l’air, à la fin du mois de mars. Elle a eu un gros succès et nous attendons beaucoup de monde pour l’édition 2012. Il existe un grand nombre de musées de ce genre (une douzaine si l'on ne compte que ceux strictement dédiés à l'aéronautique). Ils sont parfois très petits ou portés par des associations ou des bénévoles, et nous sommes – pour l’instant – les seuls à être musée d’État. Ils sont très actifs et nous voulons les mettre en contact, de sorte que tout le monde se connaisse.

Y aura-t-il de la voltige aérienne au Bourget ?

Catherine Maunoury : Oui ! Cette activité sera présente au musée, de différentes manières. Nous ferons davantage de place à l’aviation légère. Mais il faudra pour cela augmenter la surface disponible… Nous présenterons par exemple les appareils qui ont compté dans l’Histoire de l’aviation légère et de la voltige, comme les Morane, le Cap 10 [avion d’école biplace, NDLR] et le Cap 232 [monoplace de compétition]. Il faudra faire une place à Adolphe Pégoud, précurseur de la voltige aérienne. Nous créerons un espace vidéo pour montrer par des films ce qu’est la voltige aérienne.