Catherine Maunoury est la Marraine de l'A400M

source: www.aeromorning.com

Un étonnant nom de baptême pour l’A400M

L’Airbus A400M s’appelle désormais Grizzly. Cette décision, au demeurant inattendue mais sympathique, ne mériterait pas de grands développements si nous n’étions à la recherche d’occasions estivales de nous détendre, après une longue période d’actualité tendue, difficile, voire hostile.


Pourquoi Grizzly ? Tout simplement parce que les équipages des essais en vol de Séville ont spontanément –et par hasard- choisi ce surnom pour parler de «leur» avion, il y a de cela plusieurs mois. On n’ose pas ajouter que c’est plus affectueux, moins sévère, que la seule appellation A400M sortie de nulle part et totalement abstraite, sachant que le gros ours n’est pas précisément un animal de compagnie. L’ursus arctos horribilis porte bien son nom scientifique, il n’est pas rare qu’il pèse plus de 300 kg et il est capable de courir à 50 km/h. En clair, on préférerait ne pas se retrouver face à lui au coin d’un bois. Mais s‘il est puissant et redoutable, il mérite sans doute de donner son nom à un gros avion militaire.

Autant Grizzly est imposant, autant sa marraine est menue et élégante. Il s’agit, en effet, de la charmante aviatrice Catherine Maunoury, double championne du monde de voltige, distinguée en d’innombrables occasions pour son grand talent. Et toute nouvelle directrice du musée de l’air et de l’espace du Bourget. D’où l’envie irrésistible de nous répéter, de dire à nouveau que ce choix est inattendu mais sympathique (1).

On pourrait en rester là mais cette petite actualité mérite qu’on s’y attarde. Une bonne raison de le faire : outre-Manche, l’Air Chief Marshal Sir Stephen Dalton, du haut de ses hautes fonctions, clame qu’il est extrêmement mécontent. En aucun cas, martèle-t-il, l’A400M ne portera ce nom au sein de la Royal Air Force. C’est plus qu’un ordre, c’est un veto ! Il ne dit pas pour autant pourquoi le grizzly n’est pas en odeur de sainteté auprès de la RAF. En revanche, Sir Stephen laisse entendre qu’il avait une idée précise sur la question, qu’il avait l’intention de proposer aux autres pays partenaires de l’A400M un tout autre surnom. Lequel ? La réponse relève apparemment du secret Défense.

Interloqués, depuis Madrid, les dirigeants d’Airbus Military, ont réagi avec la diplomatie et de savoir-faire dont est capable une entreprise dotée d’une direction de la communication aux méthodes très sophistiquées On apprend ainsi que seuls les cinq prototypes de l’A400M seront appelés Grizzly, un choix qui ouvre la porte à d’autres possibilités. En principe tout au moins : le gros ours va vite prendre ses habitudes au cœur du complexe militaro-industriel et il sera sans doute impossible de le débaptiser ultérieurement, qui plus est sans raison valable.

Il est instructif de relire les informations disponibles. On constate alors que la communication d’Airbus Military, qui a donné la preuve de sa grande efficacité quand le programme européen a traversé de fortes turbulences budgétaires, est capable d’humour au second degré. Ou, si l’on préfère, d’un gros clin d’œil complice à la planète médiatique tout entière.

Comment le nom «Grizzly» a-t-il été choisi ? En reprenant, on l’a dit, le choix spontané des équipages. L’histoire pourrait s’arrêter là mais, sans les commentaires très officiels énoncés à Madrid, serait moins amusante. En effet, chez Airbus Military, on assume ! Et de préciser «que le nouveau nom n’est pas le résultat d’une coûteuse étude marketing, ni du travail d’une équipe d’experts de branding (2), pas plus que le résultat de mois de débats des équipes commerciales». On est là en pleine autodérision, un petit souffle d’air frais dans un monde de technocrates. On répond tout simplement : bravo Madrid !

Pierre Sparaco - AeroMorning

(1) Sur la photo, Catherine Maunoury et Domingo Urena-Raso, directeur d’Airbus Military (doc. EXM-H.Goussé).

(2) Terme de volapük publicitaire qui recouvre tout ce qui tourne autour de la notion d’image d’un produit, d’une entreprise, qu’il s’agisse de la promouvoir ou de la défendre contre des «agressions» extérieures.

 
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