Conférences

Gestion de soi et Performance

La conférence débutera par une petite présentation de mon parcours et de ce qu’est la voltige  Un peu de témoignage, avec courtes vidéos, pour bien appréhender de quoi il s’agit et visualiser ce qui se passe dans un avion en voltige. Explication aussi de ce qu’elle représente pour moi en plaisir comme en difficultés.

Cette intervention sera composée de trois grandes parties dont nous verrons qu’elles sont interdépendantes. Il s’agit en effet d’un cercle, ou plutôt d’un « triangle vertueux » dont les trois sommets sont la performance, le risque et le stress. Ou plus précisément : la performance et la motivation maintenue,  la gestion du risque et la prise de décision, la gestion et l’optimisation du stress. La perspective de ce triangle vertueux est d’avoir ou de retrouver la confiance en soi qui permet de gérer efficacement les situations extrêmes ou quotidienne, afin d’atteindre un certain niveau de performance.

1. La performance grâce à la motivation et sa durée dans le temps

L’enthousiasme sera un des mots-clés qui permet de parler de performance, donc de motivation forte et de capacité à tenir dans le temps.

Moi-même suis, dans le domaine de la voltige, la seule pilote à avoir réussi à « décrocher » 2 titres mondiaux à 12 ans d’intervalle. Il ne s’agit pas, bien sûr, d’obstination répétitive à faire la même chose, mais de rester au top avec l’évolution de technologie et d’exigence du pilotage qui en découle. 12 ans après, si j’avais été la même, j’aurais été très loin de la première place… Il s’agit donc d’évoluer tout le temps.

On pourrait parler de passion, mais je préfère le terme d’enthousiasme, au sens grec du terme : le dieu intérieur, l’esprit qui nous habite. C’est ce qui nous donne la force, l’envie, le génie, l’énergie, ce qui éloigne la fatigue qui pourrait nous faire baisser les bras.
Mais comment ?

1) Avoir des objectifs précis et explicites. En 2000, les championnats du monde étaient dans mon pays ; j’avais décidé que je gagnerais et que j’arrêterais après.

2) Ne jamais croire qu’on a fini d’apprendre. S’entraîner, travailler pour acquérir la compétence, aller plus loin et, alors, on augmente en même temps la passion. On aime ce qu’on connaît et d’autant plus qu’on le connaît mieux, c’est la même chose dans tous les domaines : peinture, musique, etc.

3) Importance de l’équipe et du partage. On ne progresse jamais seul L’importance du partage, du regard de l’autre est essentielle.  Même dans un sport qui paraît aussi individuel que la voltige, où le pilote est seul dans son avion monoplace, sa performance est le résultat de l’apprentissage qu’il a effectué, reçu de quelqu’un d’autre. Il vole en confiance grâce à son mécanicien, avec toute une équipe derrière lui. Désormais, je suis le coach de nombreux pilotes et ils ont besoin de mon regard, de ma critique.  (vidéo de mon entraînement) Il faut accepter et rechercher la critique aussi bien positive que négative.

4) Travailler sa concentration mentale. Se préparer mentalement ; être prêt à réagir. Je ferai ici une démonstration de la façon dont je prépare mentalement mes vols à l’aide d’une petite « danse » d’orientation et de mémorisation et expliquerai ma propre méthode.

L’idée peut donc être ainsi résumée : Anticiper, observer pour faire face. Et, faire face, c’est prendre des décisions, donc des risques.

2. La gestion du risque : la hiérarchisation des risques pour mieux décider

En voltige aérienne, il est évident que les risques peuvent aller d’un extrême à l’autre : du risque vital à celui de l’exécution plus ou moins précise d’une figure, qui fera éventuellement gagner ou perdre un championnat. Certains risques peuvent et doivent être pris ; d’autres, non… Je dis souvent aux pilotes que je coache que s’ils prenaient une mauvaise décision d’ordre vital, il ne se passerait guère que 4 à 5 secondes entre ce moment et le sol. Les décisions à 400km/h et à quelques centaines de mètres du sol doivent être prises extrêmement rapidement ; elles sont donc forcément le résultat d’un énorme travail de préparation,  d’entraînement et de compétence en amont.

Entre le rêve du zéro risque et le développement de comportements à haut risque, notre société semble avoir perdu ses repères, alors même que le risque est naturellement lié à l’existence. Il convient donc de situer la notion de risque au sein d’un ensemble plus large de principes : la responsabilité, la précaution, la socialisation ; il faut aussi souligner comment le risque conduit à une réflexion sur les valeurs que sont la compétence, la prudence et la capacité de décision.

1) Risque et responsabilité : sens du risque ; risque et droit à l’erreur ( je n’oublie jamais que, même si j’ai gagné des championnats,  j’en ai perdus plusieurs); place de l’audace

2) Risque individuel et risque collectif : psychologie de la prise de risque ; gratuité ou nécessité du risque.

3) Préparer des opérations, des décisions, risquées : intuition, action et compétence

Cette prise de risque va créer un stress qui va, s’il est bien géré,  augmenter la performance

Donc : Observer, anticiper, faire face….

3. La gestion et l’optimisation du stress

En aviation et particulièrement en voltige, le stress est tout le temps présent. La mécanique du vol, la météo menaçante, la difficulté du pilotage, le désir de réussite en compétition, tout peut devenir raison de stress. Ne pas se laisser déborder par lui, ne pas perdre ses moyens, mais utiliser la tension qu’il déclenche en nous est une nécessité et parfois même un plaisir. J’ai souvent  été un peu meilleure à la compétition qu’à l’entraînement grâce à cette utilisation.

Je veux montrer ici l’intérêt de mieux connaître les différents effets du stress et les réactions qu’il suscite chez chaque individu ; elle indique ensuite quelques méthodes pour apprendre à le gérer afin d’en éliminer les effets les plus néfastes, mais surtout,  elle développe l’idée que le stress est un formidable atout de réussite et montre comment il est possible de s’appuyer sur lui pour obtenir de meilleures performances. L’idée essentielle est d’apprendre à utiliser le stress comme un excellent outil de motivation et de dépassement de soi.

1) Le stress sous toutes ses coutures : description, aspect clinique.

2) Gérer le stress : stratégies générales, gestion de soi

  • apprendre à se connaître, s’observer pour pouvoir anticiper nos réactions
  • identifier nos cognitions et  choisir une méthode pour les dominer. Relaxation par exemple ; nécessité de changer ses comportements, etc.
  • gestion des autres et de l’environnement.

 

Il serait possible de montrer une vidéo très représentative de performance et gestion du stress en situation extrême, prise sur le vif, d’un instructeur et son élève en panne au décollage sur un avion de chasse. Ils ont moins d’une minute pour survivre. Possibilité en fonction du temps de passer aussi la vidéo de l’atterrissage sur l’Hudson en suivant la conversation des pilotes avec le contrôle.

Et donc : Observer, anticiper, faire face….

En conclusion
« Faire face » est la devise d’un grand aviateur : Guynemer, et elle est inscrite sur le fronton de l’Ecole de l’Air. Cela paraît tout simple. Mais c’est le fruit d’un travail sur soi-même.

Le message de cette conférence est de montrer qu’être performant, c’est faire face avec enthousiasme. Pour y parvenir, un travail de gestion de soi doit être entrepris. Il permet d’avoir l’énergie, l’envie, le génie, le plaisir qui nous emmène vers toujours mieux ; il permet aussi d’éliminer le doute qui freine, de se faire confiance pour pouvoir prendre des décisions, donc accepter certains risques et d’autres non, de les hiérarchiser. Reconnaître et gérer son stress est aussi absolument nécessaire afin de neutraliser ce qui nous paralyse pour, au contraire, l’utiliser, s’appuyer sur lui pour que la petite décharge d’adrénaline nous rende encore meilleur. Enfin, il ne faut jamais oublier qu’il est impossible de progresser seul, qu’il est indispensable de rechercher l’équipe, le partage, la critique, le conseil et d’être capable de le donner aux autres.

Recherche de la performance, gestion des risques, gestion du stress constituent ainsi un triangle vertueux, dont aucun des trois éléments ne peut être ignoré. Gérer son stress va permettre de prendre des risques… sans trop de risque ! Prendre des risques va occasionner et donc forcer à gérer le stress. Beaucoup d’enthousiasme va pousser au risque et occasionner du stress. Gérer le stress va donner de la confiance en soi et donc permettre d’aller plus loin dans la performance.

 
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