IN MEMORIAM … DOMINIQUE MAUNOURY

Architecte DPLG, peintre de l’air.
American Society of Aviation Artists. Couronné à Oshkosh…

Pour écrire un seul vers, disait Rainer Maria Rilke, « il faut sentir comment
volent les oiseaux ». Pour peindre un avion aussi. Alors, il le savait puisqu’il connaissait l’euphorie des altitudes et les secrets de la voltige. Il savait encore le climat des meetings et des rassemblements: Méribel, Oshkosh, Reno. Puriste du pilotage-dessin; Les contours et les masses, l’essentiel, la lumière au lieu des détails, avec ses rouges à prendre feu. L’enthousiasme.

Il aimait les rires, les avions, la vie.

In memoriam … Dominique Maunoury

DOMINIQUE PAR BERNARD CHABBERT

Dominique Maunoury, époux de Catherine, est donc parti vers des cieux qu’on dit plus sereins, peu avant noël 2001. Sa fin fut paisible, alors qu’elle aurait pu être cauchemardesque. La maladie dont il souffrait ne fait pas de cadeaux lorsqu’on la laisse s’exprimer, et ayant bien connu Dominique, je me permets de penser qu’il a ainsi réussi joliment cet ultime chef d’œuvre d’élégance que peut être une disparition du monde des vivants. Dominique était un type à part. On s’était connus dans les débuts du cap 10, au sein de la troupe de Jean Eyquem. Nous étions une petite bande de quasi-gamins plus ou moins pilotaillons, balbutiant nos premières, balbutiants nos premières mises dos, boucles et avalanches.

« A côté de Dominique, nous n’étions que des brouillons d’aviateurs. »

Eyquem, qui aurait pu être notre maître à tous, regardait tout cela à la façon d’un Yoda le Maître Jedi, assisté de ses lieutenants-instructeurs parmi lesquels une jolie personne à la voix douce, au comportement net comme une équation de chez Bernoulli, et à la main de fer : Hélène Frankel. Notre petite équipe d’analphabètes de la voltige comptait quelques personnages, dont une gamine hôtesse de l’air à air France, venue de Rennes où elle avait pris le virus des trois dimensions à travers son papa toubib. Fortes de solides et d’une volonté de bâtisseur, Catherine ne s’appelait pas encore Maunoury. Le Maunoury de la bande, c’était Dominique, l’érudit.
Il était plus âgé que nous, et dans notre petit monde de fauchés permanents cet architecte de Chartres apparaissait riche : pensez donc, il possédait déjà un somptueux DR 250, Juliette Kilo. Il apparaissait aussi comme l’archétype du parfait pilote de plaisance, un épicurien de la vie et de l’esprit pour qui piloter un petit avion pouvait devenir un acte culturel majeur : il avait parcouru l’Europe et le Bassin Méditerranéen, remontant jusqu’aux sources du Nil, et savait faire de chaque vol, aussi bref soit-il, une expérience. Il comptait des milliers d’heures de vol, toutes en privé. A côté de lui, nous n’étions que des incultes, des brouillons d’aviateurs. Dominique m’avait tout de suite intrigué par sa phénoménale capacité d’émerveillement. Sa posture favorite s’organisait autour d’un léger sourire surplombé par un regard pétillant derrière les lunettes d’intellectuel. Il semblait fasciné par tout, et par tous. Il savait écouter, mais lorsqu’il parlait à son tour, on avait presque honte d’avoir osé s’exprimer devant lui, tant il marquait ses paroles d’un sens raffiné de la réflexion esthétique. Un jour, il avait commencé de me raconter la cathédrale de Chartres. Comme architecte du département, et comme spécialiste de la cathédrale, il avait participé à la rédaction d’un ensemble de volumes majestueux consacrés à l’histoire de la construction de cette merveille de l’humanité. Et j’étais resté longtemps sous le charme de ce récit à la fois épique, hautement technique et somptueusement artistique, entièrement enrobé d’une aventure humaine majeure. Il admirait sans réserve ceux qui combattaient pour rendre le monde plus beau.

Nous étions allés ensemble aux courses de pylônes de Réno, sans doute les premiers français à faire le déplacement jusqu‘au fond du désert américain résonnant des Merlins en fureur. Dominique en était resté pantois, et dès son retour à Chartres, il s’était mis à peindre avec une formidable force d’évocation des Mustangs rutilants et des Fury remorqués à des vélocités folles par leurs gigantesques hélices. Il possédait une bibliothèque rare pleine de livres d’aviation, et montait des maquettes stupéfiantes de minutie et d’élégance. Un jour, des années plus tard, lors d’un Tour de France Aérien qu’il suivait avec son cap 1O qu’il présentait lors des meetings quotidiens, il avait embarqué mon fils encore tout petit garçon pour lui offrir son baptême de voltige. Je dis bien offrir, pas donner. Dominique avait arrondi les angles, adouci les boucles, commenté de son ton tranquille les figures, et fait de ce quart d’heure de valse lente en trois dimensions un moment d’une telle élégance que le gamin en était revenu changé, profondément convaincu que le pilotage était certes une technique, éventuellement une science, mais aussi un art véritable.

L’architecte au coup de crayon clinique avait ensuite mis en place une seconde carrière de peintre du ciel, et rejoint le cercle très fermé des peintres de l’air…

Le temps à passé et Dominique à continué à pratiquer l’amitié avec le même sens du précis qu’il mettait en toutes choses. Il a aidé Catherine, devenue sa femme, à devenir l’un des plus grands pilotes de compétition que le monde ait connu, à la manière d’un coach attentionné. Il a ponctué de ses tableaux, d’expositions qu’il à organisées, l’histoire des aviateurs français de la seconde moitié du XX° siècle, sans jamais arrêter de piloter.
et le bougre volait à merveille… un jour, alors que nous partions pour un stage de voltige à Sainte Foy, il était venu me récupérer avec Juliette Kilo à Mérignac. Dans la douce lumière d’un soir d’été, nous avions survolé les paysages impeccables d’Aquitaine, et par la magie de son pilotage d’une grande douceur il m’avait déconnecté du monde cahotant d’en bas. Ca c’était achevé par une PTU glissée d’une fabuleuse souplesse, comme si l’avion volait tout seul. Dominique avait gardé son sourire émerveillé jusqu’à l’arrêt complet du moteur, et lorsque le silence était lentement revenu, avant d’ouvrir la verrière, il m’avait dit quelque chose sur la beauté. J’ai oublié les mots, mais pas le sens.

Merci, Architecte.

Bernard Chabbert

Quelques oeuvres de Dominique Maunoury

Ces photographies sont la propriété exclusive de Catherine Maunoury.
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