Catherine Maunoury entre en littérature

Chroniques de Pierre Sparaco, 4 Avril 2011

Si les membres du jury du Prix Guynemer acceptent de couronner un petit livre d’une centaine de pages seulement, qu’ils n’hésitent surtout pas, qu’ils distinguent «La Sagesse de l’aviatrice» de Catherine Maunoury. Petit par la pagination, c’est un grand livre par le talent qu’il révèle.

Il se glisse dans une collection pleine de charme et d’intérêt, «sagesse d’un métier», qui permet à de bons auteurs de faire cohabiter jardiniers, potiers, bibliothécaires, professeurs de français, dentellières, psychologues, éditeurs, courriéristes du cœur. Et aussi physiciens, astronomes, éditeurs, etc. On y retrouve ainsi, par exemple Hubert Nyssen (Actes Sud) ou encore la regrettée animatrice de radio Kriss.

C’est tout naturellement de Catherine Maunoury y trouve sa place, en toute simplicité. Après avoir construit un remarquable palmarès de championne de voltige puis repris avec vigueur la direction du musée de l’air et de l’espace du Bourget, voici qu’elle (re)prend la plume pour en dire le maximum en un minimum de place. C’est tout à la fois une ébauche d’autobiographie d’une grande honnêteté, une ode à la voltige, une quête spirituelle qui n’avoue pas son nom, un regard indiscret sur coulisses du sport aérien en même temps qu’une introspection comme en livrent rarement les sportifs de haut niveau.

Et, en plus, c’est de la littérature ! A certains moment, pour le plus grand plaisir du lecteur, notre championne s’égare tranquillement vers une forme d’intello-aviation trop rarement explorée par celles et ceux qui ne se contentent pas de vanter le charme du souffle des hélices mais cherchent à franchir de nouvelles frontières, des sources d’inspiration novatrices. Il s’agit aussi d’une démythification prudente du microcosme de la voltige, sur la pointe des pieds, avec un respect total pour manche à balais et palonniers.

La révélation la plus étonnante de ce texte dynamique apparaît dès les premières pages : «la voltige appartient aux arts de l’entourloupe». Choquant ? Pas vraiment ! Notre aviatrice explique très simplement que la voltige, dès l’époque des premiers chevaliers du ciel, a permis et surprendre et d’attaquer l’adversaire, à esquiver ses menaces, à mieux lui échapper grâce à un Immelmann ou un tour de vrille. Dans le même esprit, on redécouvre à quel point le pilote et son avion peuvent faire corps : «nous avons gagné tous les deux mon premier championnat du monde». Nous ? Le prototype TR 260 et la vaillante pilote. C’est le «We», nous, de Charles Lindbergh, la symbiose avec le Spirit of St. Louis en même temps que le titre de son best-seller.

Catherine Maunoury explique, révèle que la voltige repose aussi sur un travail d’équipe, même s’il s’agit, pour l’emporter, de battre les autres, «de terrasser tout le monde et cela me donnait une énergie folle». La voici, dès lors, qui cite Pierre de Coubertin : «j’aime beaucoup la bataille, surtout si je la gagne». Et d’évoquer la «possibilité magnifique» du philosophe allemand Friedrich Nietzche. Suivent de belles pages sur la danse avec les nuages, les chorégraphies du ciel : «en fait, nous nous récitons un texte, une musique dont chaque geste est une note que nous ferons sonner dans le ciel». Ainsi se met en place «une étrange alchimie, une étonnante symbiose». Lyrique, voici notre talentueuse aviatrice qui s’aventure à avouer que voler donne un sens à son existence, à ses aléas, à ses difficultés, à ses dangers mais aussi à ses réussites.

Ne craignant pas la difficulté, incidemment, elle nous offre, outre des références à de bons auteurs, un bref passage par la sophrologie, méthode de psychothérapie qui, nous rappelle Larousse, est proche de l’hypnose. Rappel : Catherine Maunoury est devenue pilote à 17 ans mais cela ne l’a pas empêchée de poursuivre des études et d’obtenir une licence de philosophie. Ceci contribue sans doute à expliquer cela.

Dans les dernières pages, avec une implacable logique, sans surprise, on retrouve le fil conducteur de son ouvrage précédent, «L’Etrange plaisir de voler» : il n’y a pas de quête spirituelle sans une permanente insatisfaction».

Pierre Sparaco – AeroMorning

La Sagesse de l’aviatrice », Editions J.C. Béhar, et «L’Etrange plaisir de voler », en collaboration avec avec Jacques Arnould, Le Cherche Midi.